mardi 22 janvier 2019

Journal de lecture : Anne-Marie Beeckman, Diane de Bournazel




Avec L'amante érectile, livre publié par les éditions Pierre Mainard, Anne-Marie Beeckman nous invite à entrer et nous guide dans une grotte inconnue de l'imaginaire où Diane de Bournazel exerce une sorte d'art pariétal moderne tout aussi mystérieux que celui que pratiquaient nos ancêtres. C'est à partir de ces dessins dont elle reprend le bestiaire, mais très librement, que Beeckman organise son propre rituel poétique, à forte connotation érotique. Le monde végétal et surtout animal est mis à contribution pour cette célébration d'un climat ardent, désir, plaisir et volupté, avec cette élégance verbale, qui porte haut la métaphore, sous les accents pourtant les plus crus. Tout autre commentaire est inutile. Lisez plutôt :

Ce territoire à ma façon du bourdon aux lèvres des roses.
Brise du mot, dansée par le quadrille des abeilles.
Nom chuchoté du lièvre
quand d'icelui s'apprête l'huis.
Nom secret sur les doigts des rainettes.
Pluie de lunules par effraction.
Vaste champ dévasté de ma paume.
Si je t'accepte, je m'ouvre au vent.

Au sanglier agenouillé je peux servir de cimetière.
Dans l'enclos de mon corps livré aux fins dernières, 
les bêtes apaisées rafraîchissent leur groin.




Je voudrais des bois de cerf
sur un cimier que j'aurais.
Le cuir me serait peau,
je danserais dans la clairière.
Ou bien la hampe sur le long cou des biches,
ou bien le feu follet à l'orée du malheur.
Le sinople, gorge de capucin.

Comment fuir la dépouille humaine ?
Comment marcher sur mes os ?
Rompre les lacs qui m'ensorcellent ?
Une grue couronnée survole la sentine.
Demain, demain, et son sabot élégant sur l'aventurine.



Mon cerveau reptilien est creusé de grottes,
mais dehors, la sélaginelle fleurit.
Il y a un troupeau à l'avers de mes ailes,
naseaux et groins hument le fleuve.
Le sang tressaille.
Le gnou n'est pas le gnon.
Des frissons parcourent l'échine
sous les dents de l'arbouse aigrelette.
La belette plonge son nez dans le plongeon.

Sur la glaise,
des doigts agiles font fi de mes droits.
Le cosmos est cette fleur qui n'attend pas l'été.
Il s'enflamme.


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                                               Alain Roussel


Anne-Marie Beeckman/L'amante érectile, poèmes sur des dessins de Diane de Bournazel/éditions Pierre Mainard (60 pages, 22€)






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