jeudi 17 janvier 2019

Journal de lecture : Joël Vernet, Le silence du soleil



Photographie de Françoise Fressonnet


C'est de nouveau une sorte de lettre que nous adresse Joël Vernet avec Le silence du soleil, publié par les éditions le Réalgar. Ce voyageur du dedans et du dehors nous entraîne avec lui sur des sentiers buissonniers, les seuls qu'il aime, que ce soit dans les petites ou les grandes distances. Il sait qu'il y a une vie inconnue dans la vie, qui donne le frisson, qu'il y a cette lumière secrète qui se révèle au fil de la marche, de jour comme de nuit et qui éclaire les choses. Heureux qui entend "le silence du soleil", car son cœur s'illumine. Il y a chez Vernet une quête du bonheur dans les sensations fugitives dont il garde le parfum dans sa mémoire pour l'exhaler plus tard dans son écriture. Cela peut advenir n'importe où, au cours d'une randonnée lointaine, d'une promenade banale, ou là tout près, dans le jardin où il écrit, "en compagnie du grand tilleul, des hibiscus... assis sur la souche placée à l'ombre du sureau où les merles, tant d'autres oiseaux aiment à trouver refuge." Ce poète écrit comme il chemine : avancer, lentement, rapidement, comme ça, sans savoir où il va, avec pour seuls guides l'intuition et l'émotion, et soudain bifurquer, passant d'un seul coup de l'espace au temps, nous livrant ses souvenirs, faisant vivre au présent la nostalgie. Vernet pense avec son cœur. Aller vers les autres, dans la vie ou dans l'écriture – pour lui c'est presque la même chose –, est l'une des marques de son tempérament. Son ami de toujours, Jean-Gilles Badaire, l'accompagne somptueusement par ses peintures, autre voyageur qui cherche à fixer ici, en onze "tableaux", une fleur de lumière dans les ténèbres.







Extrait :

Le murmure de ces voix rencontrées partout dans le monde, très rarement des regards de haine, des gestes les plus infimes, les plus faibles, oui, oui, la souplesse infinie de la vie si fragile, ce basculement, ce corps qui se redresse, réapparaît, refuse la défaite, cherche quelque chose qui est sans doute de la joie, mot maudit aujourd'hui par les froids ténors du concept à tout crin, le concept se voulant le maître de tout. Aux discours pompeux, nous avons toujours préféré le grondement de l'orage, l'éclat du soleil sur les pierres, l'infini de la mer, les rires dans des arrière-cours à l'autre bout du monde, et la haute pensée des yeux qui n'est jamais en sommeil. Oui, l'accueil, l'écoute sont peut-être cette pensée du cœur, le diamant de chaque phrase, le souffle grâce auquel naît toute forme nouvelle. Où est le souffle, la poésie, cette lumière si vive qui fait trembler le monde, comme un oiseau sur un fil ? Virages des routes, talus, trottoirs, visages, corps, maisons, façades, espaces, rails, terrains vagues, bêtes, objets, musiques, toute cela dans la tête du promeneur, du marcheur, de jour comme de nuit, partout et toujours, de celui qui sait aller "incognito" dans le noir de la nuit et sous l'éclat du soleil."

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                                                                                         Alain Roussel


Joël Vernet/Le silence du soleil/ éditions le Réalgar (65 p., 12€)



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