mardi 8 janvier 2019

Journal de lecture : Georges Guillain.

On dit souvent de Georges Guillain qu'il est un "passeur" de poésie. Soit ! Il l'est en effet. Mais à condition d'ajouter qu'il est avant tout, essentiellement, viscéralement, un poète, comme nous le montre une fois de plus l'un de ses derniers livres, Parmi tout ce qui renverse, publié aux éditions Le Castor Astral. Son ouvrage est divisé en deux parties : Une histoire d'IL et Quelques poèmes d'IL, jouant ainsi subtilement dans la première sur la notion de temps avec le mot histoire et dans la deuxième sur celle d'espace, de lieux investis par la poésie.
Il est intéressant de noter que le pronom personnel "il" sert le plus souvent à introduire une narration, ici d'ordre poétique. Il permet à l'auteur de prendre une légère distance contemplative où il se regarde voir le monde et agir dans le moindre des gestes quotidiens avec "les ustensiles de sa vie". Car ce poète cherche la poésie dans les "choses simples", à l'affût "d'imperceptibles métamorphoses". Il y a une grande douceur dans ces textes et comme une quête du bonheur sans b majuscule dans ce désir de ralentir le temps, la marche incessante des choses, par quelques mots, presque sous la langue pour empêcher celle-ci de mentir. Et même, s'il le pouvait, "ce jardinier de la langue" laisserait "la parole aux choses".
Dans la deuxième partie, le "il" disparaît au profit du "on" ou du "nous". Ce n'est plus une narration mais un exercice de pure contemplation de certains lieux visités, Lacoste, Sénanque, Marais de Guines, et surtout les jardins, avec leurs coquelicots, leurs chicorées et leurs agapanthes. 






Extrait 1 (première partie) :

Il écoute sous les pierres un murmure de mer
blanches et jaunes orties ficaires accrochent
quelque début de printemps renouvelant l'arche
d'un pont deux pans lessivés de vieil ocre
de cinabre d'un peu de craie de crasse belle
il passe l'eau dans une espèce de bonheur parmi des
épluchures qu'il regarde flotter jusqu'au bout
prolongeant le grand air les marbres creux tout l'or
ici de la cité/mais lui leurré d'aucun désir nouveau
d'aucune autre attention / à quoi ?
                                      qui serait plus réel ou plus beau


Extrait 2 (deuxième partie) :

(Dans un petit jardin de ville)

finalement

soir d'hiver
vie brute
puis non la rose

ce n'est plus à l'intérieur
de l'image gonflée des mille et mille

apparences de la pensée qu'il faudra
chercher un semblant de maîtrise
sur le bourdonnement ralenti des choses

cueillir
ce jour
ne tiendra plus

qu'à un éclair de l'œil
ce reste précipité de tout le corps fossile


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                                                       Alain Roussel

Georges Guillain/ Parmi tout ce qui renverse/ Le Castor Astral (145 p, 13€ )

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